Soyons farfelus pour un instant

Je ne suis pas adepte des grandes théories de complot. Je les trouve souvent farfelues. Tout aussi farfelues que puisse l’être la reconnaissance par les grandes instances internationales  d’un pouvoir acquis par un coup d’état.

 

Mais soyons farfelus pour un instant. Histoire de casser cette ambiance morose. Je m’aventure à énoncer la suivante. Elle vaut ce qu’elle vaut. Après tout, en cette ère de « grande vitesse », le futur nous la confirmera très vite sans doute.

 

La France est de retour – en toute puissance –dans les affaires économiques de Madagascar (back to business, comme on dit), avec un relent de pétrole dans les airs. Aïe aïe aïe ! Tout de suite les grands mots. Farfelu vous dis-je.

 

Fait hautement symbolique : après une année de vacance, le poste d’ambassadeur de France est de nouveau occupé. Le lendemain de la prise de pouvoir de Rajoelina, ce dernier reçoit SEM Jean Marc Chataîgner. L’ambassadeur était embusqué patiemment derrière la porte et n’attendait que la sortie de Ravalomanana pour rentrer.

 

La France « neutre » qui souhaite une transition sereine a déjà reconnu le régime en place, alors que les instances internationales ne se sont pas prononcées, tout en reconnaissant un « coup d’Etat ».

 

L’ère Ravalomanana a été marquée par une grande chasse aux fraudeurs fiscaux, au nom du patriotisme. Il s’est très vite fait des ennemis, notamment chez les notables Karàna (par ailleurs des binationaux) qui ont longtemps contrôlé le tissu économique du pays. Ces derniers ont vu leurs manigances déjouées et anéanties, alors que le Président octroie des exonérations fiscales à ses entreprises (qui ont tout aussi coûté astronomiquement cher à l’Etat, en manque à gagner)..

 

Et tout dernièrement, le pétrole. Les rapports complets sur les récentes prospections ne sont pas régulièrement annoncés, mais l’on chuchote que l’exploitation s’annonce rentable. Madagascar Oil, une compagnie basée au Texas a annoncé le 16 mars 2008 la production du premier baril de pétrole de Madagascar, à Tsimiroro. Nul besoin d’annoncer si l’ex-président aux appétits insatiables est actionnaire.

 

Mais outre Madagascar Oil, le français Total a signé un accord avec celle-ci, afin de pouvoir utiliser les licences d’exploitation de Bemolanga, comme projet indépendant avec un interêt de 60%. (Un autre investisseur est Exxon Mobil).

 

Le rendement actuel est de 45 barils par jour, avec un potentiel évalué à 1000 barils par jour. Le gisement de Tsimiroro est estimé à 1,7 milliards de barils.

 

Dans un contexte où le pic de production mondiale a été dépassé, alors que les solutions alternatives au pétrole comme source d’énergie moins chère restent introuvables, le pétrole malgache n’est pas négligeable.

 

Les bouleversements politiques – un an presque jour pour jour après l’exploitation du premier baril – ne dérogent pas aux logiques de l’Histoire des pays pauvres mais au sous-sol riche (Congo, Soudan, Sierra Léone…)

 

Toujours est-il que, en ce moment où les malgaches sont encore étourdis par ce fulgurant changement à la tête de l’Etat – ne réalisant pleinement pas ce qui leur arrive – Total confirme fièrement son sponsoring des rallyes à Mada. Vroum…vroum…c’est parti!

Le nouvel homme fort

victoire

Une proposition parmi d’autres

« La victoire est proche » clame Andry Rajoelina tandis que le président Ravalomanana se retrouve de plus en plus isolé. « Sa » victoire sans doute car ce n’est certes pas la victoire de la nation malgache.

 

Ce qui se passe à Madagascar est tout simplement un coup d’Etat sous le nez et la barbe du monde entier. Les semaines de tergiversations et de pillages n’ont fait qu’accroître l’anarchie. Il en est résulté une confusion totale, parachevant une ambiance favorable au putsch.

 

Ceci dit, il semble que le président Ravalomanana, de plus en plus isolé, est sur le point de céder sa place. Les tractations semblent d’une part, concerner les conditions de ce départ. Il s’agit d’insérer cette sortie dans un cadre légal puisque la communauté internationale ne cautionne pas une prise de pouvoir par les rues.

 

Dans ce cas, la démission semble être le scénario le plus probable. En démissionnant, le président laisse le pouvoir, non pas à Andry Rajoelina mais à une transition selon les provisions de la Constitution. L’article 52 stipule qu’en cas de démission du Président « les fonctions de Chef de l’Etat sont provisoirement exercées, jusqu’à l’entrée en fonction du Président élu ou jusqu’à la levée de l’empêchement temporaire, par le Président du Sénat ou, en cas de vacance de poste ou d’incapacité du Président du Sénat constatée par la Haute Cour Constitutionnelle, par le Gouvernement collégialement

 

D’autre part, les négociations portent sur l’après Ravalomanana. On parle actuellement d’assises nationales où toutes les franges de la société (politiques de tous bords, acteurs sociaux…) sont invitées à discuter pour trouver les solutions à cette crise. Au-delà ou parmi les propositions de gouvernement d’ouverture, d’amendement de Constitution, d’élection anticipée, etc. je pense à quelques points.

 

Réformer la loi électorale. Longtemps décriée par l’opposition du jour, objet de promesse électorale, la réforme a toujours été renvoyée  aux calendes grecques par chaque nouveau dirigeant. Tout simplement parce que cette loi permet de séquestrer démocratiquement les suffrages. Les dernières législatives le prouvent. L’occasion se présente pour corriger cette faille.

 

Des élections plus justes permettraient à l’opposition d’accéder au parlement et de manifester leurs griefs  sans avoir à mobiliser les gens dans les rues. Le résultat de la présidentielle démontre que Ravalomanana « n’ » a été élu « que » par 60% de la population. Il est absurde de constater que les deux chambres sont occupées entièrement ou presque par le TIM.

 

Institutionnaliser le statut de l’opposition. Il faut arrêter de diaboliser l’opposition. Reconnaître et définir son rôle permet de créer un équilibre rassurant pour la vie politique.

 

Autant le pouvoir redoute d’être balayé par la moindre manifestation d’opposition, autant la population craint un président qui s’accroche à vie et à tout prix à son perchoir. L’alternance est aussi naturelle qu’inévitable.

 

Alors, ne pourrait-on pas envisager un système où le président ne peut briguer plus de deux mandats ? Cela rassure quant à ne pas devoir supporter un président et son régime, toute une vie. En adoptant une telle disposition, Ravalomanana (qui en est à son deuxième mandat) ne pourrait-il pas sauver et son poste, et sa face, et sa peau ? Une sortie honorable tant qu’à sortir. (Mais apparemment trop tard cependant).

 

Une telle démarche permet de sauver l’Etat de droit. Car ce qui est tout aussi insupportable que les abus de Ravalomanana, est de voir faire et défaire un régime en déambulant dans les rues.

En mood 3D

J’ai arrêté de commenter les affaires nationales depuis le 9 février, comme l’a mentionné un des commentaires. La raison est que je suis en mood 3D : déçu, dégoûté et découragé.

 

J’aurais souhaité faire les éloges d’un jeune entrepreneur qui a osé défier l’arrogance d’un chef d’Etat se croyant tout permis. Il est clair maintenant que le jeune révolutionnaire ne souhaite pas plus le bien être de la nation que d’assouvir ses ambitions personnelles.

 

Sa langue de bois a fini par trahir ses intentions. Sans scrupules, il est prêt à tout pour parvenir à ses fins. Et pourtant, beaucoup y croient encore et continuent à alimenter cette lutte déjà perdue. Quelle déception !

 

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Que dire de la presse locale ? Quand les deux partis, embourbés dans leur obstination ont perdu toute notion de « raisonnable », l’on s’attendait à ce que la presse fasse montre – à défaut d’objectivité – d’honnêteté.

 

Au lieu d’une presse citoyenne, c’est une presse partisane sinon corrompue qui gave le public de rumeurs et de commentaires indécents. Ne sait-elle pas qu’à cette liberté d’expression qu’elle revendique avec tant de hargne, est associé un strict sens de la responsabilité ?

 

Cette presse dans son ensemble – et je reconnais en même temps qu’il y a des journalistes d’exception et exceptionnels, qui sont évidemment exemptés de mes commentaires – est en grande partie responsable de l’enlisement de ce pays. Elle n’a jamais su exercer son soi-disant (contre) pouvoir que pour lécher des bottes. Ou faire l’inverse, mais souvent pas pour les bonnes raisons.

 

Une presse qui n’a jamais su lancer les vrais débats qui auraient fait progresser la société. Une presse (et des media) qui n’ont jamais persévéré dans la défense des causes nobles, préférant se livrer au sensationnalisme (sexe, sang et fric, puissant moteur de vente).

 

Corruption

La corruption au sein de la presse locale est un secret de polichinelle. Un abcès qui n’attend que d’être crevé mais que beaucoup considèrent comme une boîte de pandore. Les politiques, les opérateurs économiques, voire les acteurs sociaux et, bien entendu la presse elle-même, ont trouvé leurs intérêts respectifs dans cette pratique.

 

Liberté d’expression abusée, utilisée à tort et à travers pour désinformer, pour justifier le voyeurisme, pour inciter à la haine… Anecdote : des journalistes embusqués là où se trouvent les éléments de la force de l’ordre, priant presque pour qu’il y ait de la casse pour nourrir les titres de leur lot de violences et de sang quotidien.

 

Tels des charognards, ça mitraille les corps, danse autour des blessés et des cadavres. On ne fait que notre travail rétorqueront-ils. Effectivement. Dégoûtant !

 

Accablé

Alors, quoi faire ? Beaucoup ! Tellement beaucoup que je me sens personnellement accablé par l’ampleur de la tâche. J’ai même renoncé à partager mon opinion sur les affaires nationales. Trop déçu, tellement dégoûté, je suis découragé !

 

Mais deux commentaires sur le blog m’ont redonné assez de force pour écrire ce billet. Et déjà je sens la torpeur m’envahir. Je sombre doucement dans les profonds abîmes du désespoir. A plus tard, j’espère.

Un pas trop loin

kamikaze

Ainsi donc, Andry Rajoelina a eu sa part de martyrs. Il espère que le poids du sang fera pencher la balance en sa faveur dans cette lutte d’entêtés qu’il livre contre Ravalomanana.

En lâchant sa foule sur le palais présidentiel, il a su (et espéré ?) qu’il y aurait certainement de la casse. Tel un général sur le champ de bataille, il se tient en retrait, observant les manœuvres de sa troupe, dirigée par ses lieutenants.

 

De tous les endroits où il pouvait envoyer sa horde, il a choisi le palais présidentiel. Symbolique, certes, mais c’est également une zone rouge – un site où les gardes sont autorisées, voire tenues d’ouvrir le feu sur ceux qui outrepassent les limites.

 

 

Il a galvanisé la foule de rhétoriques du genre « entrez-y, le palais présidentiel appartient au peuple ! » Selon des témoignages, les gens ont d’abord flotté autour du site. Des pourparlers étaient en cours entre les lieutenants de Andry Rajoelina et les chefs de la garde présidentielle.

 

 

Puis les coups de feu ont éclaté. Les enquêtes démontreront peut-être ce qui s’est passé. Je doute que ceux qui étaient en première ligne allaient se ruer sur une rangée de soldats prêts à tirer. Je soupçonne que la pression de la foule en arrière les a poussés à faire un pas trop loin, vers la zone sécurisée.

 

 

Andry Rajoelina espère rééditer ici « la marche de la liberté » du 10 août 1991, quand le KMMR a lancé la foule à l’assaut du palais présidentiel de Iavoloha – religieuses et femmes chantant des cantiques en première ligne. « Sans armes, n’ayant que leurs bibles et leur courage » dirait Andry Rajoelina, ces gens se précipitaient dans une zone rouge où ils ont finalement subi les tirs de la garde présidentielle.

 

 

Cet incident était cependant le catalyseur du départ du président Ratsiraka. Les mêmes causes produisant les mêmes effets, Andry Rajoelina espère que ses martyrs (encore plus que la foule) feront basculer le régime.

Maintenant qu’il a franchi le Rubicon, il poursuit sa fuite en avant en annonçant le durcissement de son mouvement.

Fléchissement de Ravalomanana

 

Pourtant, avant ce regrettable événement, des espoirs d’un fléchissement de Ravalomanana s’étaient dessinés. Les bailleurs de fonds multilatéraux ont suspendu leur aide jusqu’à ce que le gouvernement réussisse à résoudre la crise, par la voie du dialogue.

 

Ils se sont aussi rattrapé, en déclarant ouvrir une « enquête » sur l’achat de « Force one II », l’avion présidentiel qui a coûté $60 millions aux contribuables. Cela après avoir annoncé que cet achat ne les concerne pas, par égard à la souveraineté des autorités malgaches.

 

Les Etats-Unis (qui ont grâce aux yeux de Ravalomanana) ont également exprimé leur souhait de voir le gouvernement plus sensible aux aspirations de la rue. L’ambassadeur américain à Madagascar a laissé entendre que l’occasion devrait servir au régime à rectifier ses pratiques.

 

Il a fait référence aux dangers du monopole du réseau économique d’un pays tout entier par une entreprise, notamment quand celle-ci appartient à un responsable étatique. (La main mise de Ravalomanana sur tous les secteurs économiques – directement à travers TIKO, ses filiales et ses autres sociétés ou indirectement en tant qu’imposant actionnaire dans d’autres compagnies – excèdent les opérateurs économiques. Cela étouffe inexorablement l’esprit d’entreprise.)

 

Dans d’autres systèmes que Ravalomanana loue comme modèle de développement, les conflits d’intérêts ne sont pas tolérés. En tout cas, ils ne sont pas flagrants.

 

Face à ces rappels à l’ordre des sponsors et de partenaire qu’il respecte, Ravalomanana aurait-il résisté indéfiniment? D’une certaine manière, Andry Rajoelina a déjà triomphé (il a également récupéré ses stations de télé et radio, supposément origines de la discorde).

 

Alors, fallait-il vraiment du sang pour légitimer cette lutte ? En pressant la foule devant le palais présidentiel, Andry Rajoelina a fini par faire un pas…trop loin.

Un peu d’humilité, M. le président…

L’orgueil, de part et d’autre, y est pour une grande partie dans l’interminable bras de fer entre le président et le maire. Mais dans cette lutte qui a embrumé les deux leaders et leurs partisans, certaines valeurs se perdent. Le chef de l’Etat, en tant que raiamandreny a failli à montrer l’exemple. Ses comportements sont indignes de son statut.

 

Ainsi, dans ses allocutions, c’est avec mépris et total irrespect qu’il parle en public du général Dolin – chef de cabinet du maire – son adversaire politique du jour. Comme l’officier l’exprime, à l’endroit du président : « vous êtes (…) mon cadet et moi votre aîné ». Le respect des aînés est une des valeurs sur lesquelles repose la société malgache.

 

Ensuite, il s’agit tout de même d’un général de l’Armée. Une personnalité connue et respectée pour ses diverses participations dans la vie de la nation, maintenant accusé d’avoir fomenté des émeutes. Et puis quoi encore !

 

Il est tout à fait déplorable de voir une élite de la nation, traitée comme un moins que rien à cause de différends politiques. Sans doute exaspéré et poussé à bout, le général prend actuellement une position radicale. Bien dommage.

 

Il existe évidemment une issue à cette impasse dans laquelle les deux partis ont précipité le pays. Elle se trouve au bout du dialogue. Aucun des deux camps ne veut faire le premier pas. Pour cela, il faut une bonne dose d’humilité. Le président ne l’a malheureusement pas, comme il le démontre en manquant de respect à un aîné et officier supérieur. (Et à d’autres…)

 

Alors, M. le président, un peu de tenue s’il vous plaît. Vous êtes le président de vos partisans, mais également de vos adversaires. En tant que raiamandreny, soyez-nous un bon exemple de dirigeant.

 

Une bonne dose d’humilité vous invitera à vous excuser pour ces propos blessants. Puis, à tendre la perche à ceux que votre arrogance a poussés à bout. C’est tout en votre honneur au bout du compte.

Erigeons un contre-pouvoir effectif

La frustration de la foule se comprend aisément quand le président se paie un avion de $60 millions alors que l’économie réelle suffoque. Quand une société tentaculaire s’accapare de tous les marchés ne laissant presque pas de miettes aux autres, Quand l’affaire de cession de terres arables de superficie ridiculement énorme aux étrangers n’est pas clarifiée. Quand les prix des carburants persistent à des pics vertigineux alors que le baril du pétrole a chuté. Quand les riches s’enrichissent davantage au détriment du petit peuple. Quand après tant de promesses la qualité de vie ne s’améliore pas. Pire, elle se dégrade dans bien des cas…

 

L’arène politique ne se porte pas mieux. Les voies alternatives sont étouffées. Les critiques réduits au silence. Le béni-oui-oui règne au sein du pouvoir. L’obstination aveugle prévaut chez l’opposition. Les deux camps perdent leur crédibilité. Le peuple perd ses repères.

 

Il est temps que s’érige un véritable contre-pouvoir. Le MFM propose, dans les colonnes de Midi Madagasikara (www.midimadagasikara.mg) quelques bases pour assainir la scène politique. Elles méritent d’être considérées sérieusement. Code électoral, code de la communication, accès des différentes tendances aux media publics…

 

Les acteurs politiques du pays doivent se rendre compte qu’il est dans leur intérêt et dans celui du peuple d’établir des règles saines pour la joute politique. L’alternance est inévitable. Autant procéder dans l’harmonie. Madagascar est un pays riche répète-t-on. Si riche qu’il y en aura de parts pour tout le monde. Alors, cessons les petites querelles égoïstes et voyons comment profiter de ce que le Tanindrazana nous offre à tous, sans exceptions.

Point de vue d’un ancien diplomate français

Dans son édition du dimanche 01er février, l’hebdomadaire Week-end (Maurice) www.lemauricien.com rapporte un long entretien avec Alain Lagaë, ancien consul de Madagascar en France reconverti dans les affaires. Ses propos reflètent-ils la position et le rôle de la France dans cette affaire ?

 

L’interview fait ressentir que les rancœurs entre la France et Ravalomanana n’ont jamais été dissipées. Lagaë rappelle que Ravalomanana est proclamé président « grâce aux puissances internationales et surtout aux Etats-Unis qui décrètent que Ravalomanana est un président bien élu, alors que la France prend du temps pour suivre le mouvement. » Il ne manque pas de rappeler les deux ambassadeurs rappelés à Paris à la demande de Tana.

 

L’intervenant ne s’embarrasse pas à mentionner les nationalités des entourages de Ravalomanana : « On a découvert au bout d’un certain temps que le président était (…) un grand manipulateur grâce à ses deux conseillers américain et allemand ».

 

A la question quant à la démission du président, Lagaë répond : « Cela est incontournable. Après ce qui s’est passé ces derniers jours, si Marc Ravalomanana revient à Antananarivo, c’est la révolution, c’est le bain de sang. Personne ne veut de ça à Madagascar ».

 

Il estime qu’en déclarant ne pouvoir garantir la sécurité des 22 000 ressortissants français, le régime les prend en otage. Ce qu’il a ne mentionne pas, c’est que le président lui-même n’a pu garantir la sécurité de ses propres biens devant le dérapage de lundi. Que les comités de vigilances devaient assurer la protection des magasins. Et que ces actes de pillages étaient spontanés et non des manifestations politiques dirigés.

 

A propos de l’envoi de contingents français pour aider à maintenir l’ordre : « J’espère que non. On ne va pas recommencer les mêmes bêtises que l’on a souvent commises à l’étranger dans le passé ».

 

Au plus fort de la crise, le ministère des affaires étrangères a laissé entendre que la France allait aider Madagascar. On ne sait pas comment mais je n’espère pas comme elle a aidé le Rwanda en 1994. L’on reconnaît l’implication de la France dans ce pays « à feu et à sang » (dirait Lagaë) même si jusqu’à présent l’on ne peut préciser à quel niveau et à quelle proportion.

 

La phrase qui tue : « J’espère que la France ne va pas tomber dans le piège qu’on est en train de lui tendre ». Je me demande qui tend un piège à qui. Notamment après cette intervention que j’appelle « bévue Kouchner » où le ministre français aurait téléphoné Ravalomanana pour lui balancer les cerveaux des troubles.

 

Selon Lagaë, la solution serait « un gouvernement de transition avec des représentants de toutes les provinces ». S’il est primordial que la nation toute entière contribue à l’édification du pays, l’ancien diplomate demeure ambigu que je ne peux que soupçonner l’épouvantail du tribalisme. Une arme que la puissance coloniale a prouvée efficace pour raffermir son pouvoir ou encore pour faire et défaire les régimes, ici qu’ailleurs.

 

En tout cas, il estime que l’avenir de Madagascar devrait être dans les mains de ces « malgaches de bons sens » et expérimentés, actuellement à Paris, afin que la Grande île REdevienne un pays normal.

 

Lagaë parle en tant qu’homme d’affaires. Mais après 10 années passées au consul de Madagascar en France, ses propos pourraient être une projection involontaire des véritables sentiments de la France envers  Madagascar et ses dirigeants, en dessous du vernis impeccable de la diplomatie.

Retour à la case départ !

Le train dans lequel l’actuel maire d’Antananarivo, Andry Rajoelina embarque le pays semble se diriger inexorablement – et à grande vitesse – vers la prochaine gare : le chaos. Mais il peut encore renverser la vapeur.

 

En incitant la foule à envahir les rues par des propos de plus en plus démagogiques (vendre l’avion présidentiel pour acheter de la nourriture pour les pauvres…), il replonge le pays dans un scénario plus ou moins semblable à celui de 2002, de 1991 ou encore de 1972. Des manifestations populaires pour venir à bout du régime.

 

On peut comprendre sa frustration, voire sa colère. Beaucoup de ses revendications sont légitimes. Mais il est en train de jeter le bébé avec l’eau du bain. Il balance par la fenêtre les acquis chèrement payés lors des précédentes luttes. A savoir, les principes de base d’une véritable démocratie.

 

 

Démocratie balbutiante

Il est vrai que Madagascar n’est pas à l’abri des dérives totalitaires de ses dirigeants. Et que, terre d’avenir, tout y reste à construire. Mais, à son rythme, la nation apprend à assimiler cette démocratie dont les occidentaux la gavent.

 

Andry Rajoelina, lui-même devenu maire par la voie des urnes devrait en être conscient. Quand bien même balbutiante, cette démocratie lui a permis de terrasser le Goliath qu’est le parti présidentiel. Quelle élégance !

 

Puis, mince ! Il trahit ce même principe qui l’a porté au pouvoir. Une cause à laquelle il semble pourtant être acquis. Ripostant aux rumeurs concernant sa destitution, n’a-t-il pas insisté qu’il fallait laisser le maire finir son mandat car c’est ainsi que la démocratie le veuille.

 

 

Se ressaisir et recentrer

Et aujourd’hui, par la voie de la rue, il exige un changement de gouvernement (l’opposition qui s’atèle à son train, le proclamant son leader, surenchérit en exigeant carrément le départ de toutes les institutions).

 

Il est temps qu’il se ressaisisse. Si le maire est de bonne foi, qu’il le prouve en recentrant ses exigences et surtout en revoyant ses moyens de contestations et de pressions. Assez des bêtises du genre exiger la prison à perpétuité pour celui qui a tiré – et tué – un de ses sympathisants comme condition au dialogue.

 

Qu’il n’agisse surtout pas tel que celui qu’il dénonce. C’est la leçon que Ravalomanana n’a pas apprise. C’est ce qu’il est en train de payer au propre comme au figuré, après ces émeutes.

La bévue « Kouchner »

La presse malgache a rapporté que selon le président Ravalomanana, c’est le ministre français des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, qui lui a balancé les noms des cerveaux des troubles à Madagascar.

 

Ce que le ministère des Affaires étrangères français a, bien entendu, démenti. Toutefois, Kouchner s’est entretenu au téléphone avec Ravalomanana, Andry Rajoelina et… Roland Ratsiraka ! Une situation cafouilleuse.

 

Il est clair qu’un des partis a menti. Soit la presse ou Ravalomanana ou Kouchner. Personnellement, je mets la presse hors de cause. Mais Ravalomanana oserait-il porter un faux témoignage contre un personnage si important que le ministre français des Affaires étrangères ?

 

Ou était-ce un malentendu (fritures sur la ligne) ? Et que Kouchner a été mal compris par Ravalomanana. Toutefois, il est étonnant d’apprendre que Roland Ratsiraka – qui n’est ni représentatif de l’opposition ni directement associé aux événements qui se déroulent notamment à Antananarivo – devienne un interlocuteur de la France dans cette affaire interne malgache.

 

En tout cas, une telle confusion risque de mettre de l’huile sur le feu. La France ne le sait-elle pas ?