Archive pour 3 février 2009

Erigeons un contre-pouvoir effectif

La frustration de la foule se comprend aisément quand le président se paie un avion de $60 millions alors que l’économie réelle suffoque. Quand une société tentaculaire s’accapare de tous les marchés ne laissant presque pas de miettes aux autres, Quand l’affaire de cession de terres arables de superficie ridiculement énorme aux étrangers n’est pas clarifiée. Quand les prix des carburants persistent à des pics vertigineux alors que le baril du pétrole a chuté. Quand les riches s’enrichissent davantage au détriment du petit peuple. Quand après tant de promesses la qualité de vie ne s’améliore pas. Pire, elle se dégrade dans bien des cas…

 

L’arène politique ne se porte pas mieux. Les voies alternatives sont étouffées. Les critiques réduits au silence. Le béni-oui-oui règne au sein du pouvoir. L’obstination aveugle prévaut chez l’opposition. Les deux camps perdent leur crédibilité. Le peuple perd ses repères.

 

Il est temps que s’érige un véritable contre-pouvoir. Le MFM propose, dans les colonnes de Midi Madagasikara (www.midimadagasikara.mg) quelques bases pour assainir la scène politique. Elles méritent d’être considérées sérieusement. Code électoral, code de la communication, accès des différentes tendances aux media publics…

 

Les acteurs politiques du pays doivent se rendre compte qu’il est dans leur intérêt et dans celui du peuple d’établir des règles saines pour la joute politique. L’alternance est inévitable. Autant procéder dans l’harmonie. Madagascar est un pays riche répète-t-on. Si riche qu’il y en aura de parts pour tout le monde. Alors, cessons les petites querelles égoïstes et voyons comment profiter de ce que le Tanindrazana nous offre à tous, sans exceptions.

Point de vue d’un ancien diplomate français

Dans son édition du dimanche 01er février, l’hebdomadaire Week-end (Maurice) www.lemauricien.com rapporte un long entretien avec Alain Lagaë, ancien consul de Madagascar en France reconverti dans les affaires. Ses propos reflètent-ils la position et le rôle de la France dans cette affaire ?

 

L’interview fait ressentir que les rancœurs entre la France et Ravalomanana n’ont jamais été dissipées. Lagaë rappelle que Ravalomanana est proclamé président « grâce aux puissances internationales et surtout aux Etats-Unis qui décrètent que Ravalomanana est un président bien élu, alors que la France prend du temps pour suivre le mouvement. » Il ne manque pas de rappeler les deux ambassadeurs rappelés à Paris à la demande de Tana.

 

L’intervenant ne s’embarrasse pas à mentionner les nationalités des entourages de Ravalomanana : « On a découvert au bout d’un certain temps que le président était (…) un grand manipulateur grâce à ses deux conseillers américain et allemand ».

 

A la question quant à la démission du président, Lagaë répond : « Cela est incontournable. Après ce qui s’est passé ces derniers jours, si Marc Ravalomanana revient à Antananarivo, c’est la révolution, c’est le bain de sang. Personne ne veut de ça à Madagascar ».

 

Il estime qu’en déclarant ne pouvoir garantir la sécurité des 22 000 ressortissants français, le régime les prend en otage. Ce qu’il a ne mentionne pas, c’est que le président lui-même n’a pu garantir la sécurité de ses propres biens devant le dérapage de lundi. Que les comités de vigilances devaient assurer la protection des magasins. Et que ces actes de pillages étaient spontanés et non des manifestations politiques dirigés.

 

A propos de l’envoi de contingents français pour aider à maintenir l’ordre : « J’espère que non. On ne va pas recommencer les mêmes bêtises que l’on a souvent commises à l’étranger dans le passé ».

 

Au plus fort de la crise, le ministère des affaires étrangères a laissé entendre que la France allait aider Madagascar. On ne sait pas comment mais je n’espère pas comme elle a aidé le Rwanda en 1994. L’on reconnaît l’implication de la France dans ce pays « à feu et à sang » (dirait Lagaë) même si jusqu’à présent l’on ne peut préciser à quel niveau et à quelle proportion.

 

La phrase qui tue : « J’espère que la France ne va pas tomber dans le piège qu’on est en train de lui tendre ». Je me demande qui tend un piège à qui. Notamment après cette intervention que j’appelle « bévue Kouchner » où le ministre français aurait téléphoné Ravalomanana pour lui balancer les cerveaux des troubles.

 

Selon Lagaë, la solution serait « un gouvernement de transition avec des représentants de toutes les provinces ». S’il est primordial que la nation toute entière contribue à l’édification du pays, l’ancien diplomate demeure ambigu que je ne peux que soupçonner l’épouvantail du tribalisme. Une arme que la puissance coloniale a prouvée efficace pour raffermir son pouvoir ou encore pour faire et défaire les régimes, ici qu’ailleurs.

 

En tout cas, il estime que l’avenir de Madagascar devrait être dans les mains de ces « malgaches de bons sens » et expérimentés, actuellement à Paris, afin que la Grande île REdevienne un pays normal.

 

Lagaë parle en tant qu’homme d’affaires. Mais après 10 années passées au consul de Madagascar en France, ses propos pourraient être une projection involontaire des véritables sentiments de la France envers  Madagascar et ses dirigeants, en dessous du vernis impeccable de la diplomatie.