Archive pour septembre 2007

L’homme revêtu de souffrances

Des articles parus dans le « Sunday Times » en août, à propos de « travailleurs esclaves » dans une usine de textile à Maurice ont suscité de vives réactions autant de la part des opérateurs économiques locaux que de la presse locale.  

Les dirigeants de l’entreprise concernée et les éditorialistes ont fait front commun pour nier fermement l’allégation. Le professionnalisme et les perceptions de l’auteur de l’article ont été sérieusement mis en doute par l’opinion mauricienne. 

Les papiers du Sunday Times estime-t-on, nuisent à l’image du pays, pourtant gratifié de bons indices en terme de gouvernance ou encore de droits de l’homme. Et Maurice tient à véhiculer une image « clean » du pays puisqu’il mise beaucoup sur les étrangers pour booster son économie, à travers le tourisme et les investissements directs.

Sensibilité  

Outre l’énorme enjeu économique, une partie de l’identité mauricienne est brodée par les fibres du textile. Ceci explique toute la sensibilité associée à ce domaine. Dans les années 90, il a insufflé un certain dynamisme à l’économie du pays. Ce qui l’a rendu emblématique.

Malgré des périodes difficiles relatives, entre autres raisons à la crise à Madagascar en 2002 et le démantèlement de l’accord multifibres en 2005, la filière a renoué avec la croissance et contribue sensiblement à celle de l’économie du pays en 2007.  

A quel prix ? Le politiquement correct se défendrait d’user du terme « esclavage », dans ces cas. Le Sunday Times l’a appris (à ses dépens ???) Mais la perception, notamment du côté des travailleurs est tout autre. Les conditions de travail sont pénibles et littéralement inhumaines. Malheureusement, elles sont communes à ces genres d’usines, souvent appelées « entreprises franches.» 

jean.jpg

Confection de pantalons jeans au Kenya

Lors de la visite de l’une d’elles, au Kenya, j’ai été abasourdi par un tableau indiquant aux travailleurs leurs obligations de la journée. Le travail se fait à la chaîne et la production est rationnalisée à l’ultime. Si un ouvrier devait monter tant de pièces en une minute, il devrait donc en produire soixante fois plus en une heure. Sur cette base, l’implacable « time table » lui rappelle sa production au fil des heures. 

Un tel traitement est digne d’un mécanique et non d’un être humain. La fraîcheur d’une personne diminue au cours de la journée et, forcément, sa productivité. Et si elle devait se gratter le nez ? De précieuses secondes et donc des pièces perdues. L’effrayant tableau enregistre le cumul des retards qu’il faut rattraper, d’une façon ou d’une autre.  

A travers une connaissance qui travaille pour une entreprise franche de textile à Madagascar, j’ai pu constater les terribles souffrances physique et émotionnelle de cette épouse et mère qui n’a d’autres meilleures alternatives pour aider à subvenir honnêtement aux besoins de sa famille.

Exploitation  

C’est probablement cette détresse que la journaliste du Sunday Times voulait transmettre. Ce qui est d’autant plus révoltant c’est que beaucoup de ces produits sont destinés à de prestigieux magasins où ils coûteront une somme insultante par rapport aux salaires de ceux qui les ont confectionnés.  Huit dollars américains pour douze heures de labeur rapporte le Sunday Times quant à l’usine mauricienne qui fabrique des vêtements pour la ligne de Kate Moss.  

Cette exploitation concerne d’autres produits que le textile. Mais il est plus convenable pour la société de couvrir les cris de milliers de « travailleurs esclaves » ou de fustiger leurs défenseurs puisque cette injustice est la base de notre confort.  

En ce moment même je porte un jean. Il n’est pas signé Kate Moss mais il est probablement tissé des peines de mères inconnues, suant des entrailles d’une usine surpeuplée et surchauffée. Que sais-je ? Et surtout que peux-je ?…Homme revêtu de souffrances. 

Redéfinir le jeu pour renforcer la base

La restriction des privilèges des députés, en l’occurrence l’octroi de véhicules 4×4, quelle qu’en soit la cause, semble être l’image qui s’associe à l’affaiblissement du pouvoir des parlementaires à Madagascar. Cela au profit de celui de l’exécutif, consolidé par la récente victoire du « oui » lors du récent referendum.  

depute.jpg

Un « oui » qui en dit long puisqu’il permet au Président de la République de légiférer par ordonnance « en cas d’urgence et de catastrophe ». Dans le contexte actuel, la mesure paraît anodine.

Mais un tel pouvoir s’avère être une carte maîtresse au moment opportun, en l’occurrence quand la fidélité des parlementaires faille comme c’était quasiment le cas, dernièrement.

Toutefois, la note était facile à faire passer dans l’euphorie encore fraîche d’une réélection à la magistrature suprême. S’ensuit la dissolution de l’Assemblée.

Le Président avait besoin de redéfinir le jeu, après quelques brouilles. D’abord, la « traîtrise » de l’ancien numéro un de la Chambre basse qui, depuis sa destitution, a lancé sa propre formation politique.

Puis, l’inconsistance du parti AVI, allié d’hier mais qui se montre indomptable et contestataire.

Enfin, les querelles intestines du TIM, le parti présidentiel qui commence à peiner pour imposer sa majorité au sein du parlement.

Des paramètres parmi tant d’autres qui minent la stabilité du pouvoir. En anticipant les législatives, le pouvoir coupe les herbes sous les pieds de l’opposition. Cette dernière a également beaucoup de difficultés à s’affirmer, faute de crédibilité.

Par ailleurs, ne parvenant pas à se fédérer, les partis qui la constituent auront plus du mal à affronter le parti au pouvoir. L’opposition pourrait profiter de cette aubaine pour seoir sa notoriété mais la vérité est que, ayant été pris de court, le temps et les moyens lui font défaut.  

La plupart des candidats misent sur l’ethnicité et leur popularité régionale pour devancer la machine TIM qui profite d’un réseau autant étendu qu’efficace : les Eglises. Comptant plus sur du plébiscite, ces candidats risquent de faire cavalier seul pour pouvoir courir plus vite et plus loin.

Mais ceux qui s’en sortiront se retrouveront finalement esseulés puis isolés dans les travées de Tsimbazaza.    

En se refaisant une majorité au parlement et en s’assurant un certain pouvoir de légiférer en cas de coup dur, le Président renforce définitivement sa base. De bonne guerre peut-être, mais la vigilance est de rigueur pour déceler et chasser tout spectre d’absolutisme.


Blog Stats

  • 83,346 hits
septembre 2007
L M M J V S D
« Août   Déc »
 12
3456789
10111213141516
17181920212223
24252627282930