L’homme revêtu de souffrances

Des articles parus dans le « Sunday Times » en août, à propos de « travailleurs esclaves » dans une usine de textile à Maurice ont suscité de vives réactions autant de la part des opérateurs économiques locaux que de la presse locale.  

Les dirigeants de l’entreprise concernée et les éditorialistes ont fait front commun pour nier fermement l’allégation. Le professionnalisme et les perceptions de l’auteur de l’article ont été sérieusement mis en doute par l’opinion mauricienne. 

Les papiers du Sunday Times estime-t-on, nuisent à l’image du pays, pourtant gratifié de bons indices en terme de gouvernance ou encore de droits de l’homme. Et Maurice tient à véhiculer une image « clean » du pays puisqu’il mise beaucoup sur les étrangers pour booster son économie, à travers le tourisme et les investissements directs.

Sensibilité  

Outre l’énorme enjeu économique, une partie de l’identité mauricienne est brodée par les fibres du textile. Ceci explique toute la sensibilité associée à ce domaine. Dans les années 90, il a insufflé un certain dynamisme à l’économie du pays. Ce qui l’a rendu emblématique.

Malgré des périodes difficiles relatives, entre autres raisons à la crise à Madagascar en 2002 et le démantèlement de l’accord multifibres en 2005, la filière a renoué avec la croissance et contribue sensiblement à celle de l’économie du pays en 2007.  

A quel prix ? Le politiquement correct se défendrait d’user du terme « esclavage », dans ces cas. Le Sunday Times l’a appris (à ses dépens ???) Mais la perception, notamment du côté des travailleurs est tout autre. Les conditions de travail sont pénibles et littéralement inhumaines. Malheureusement, elles sont communes à ces genres d’usines, souvent appelées « entreprises franches.» 

jean.jpg

Confection de pantalons jeans au Kenya

Lors de la visite de l’une d’elles, au Kenya, j’ai été abasourdi par un tableau indiquant aux travailleurs leurs obligations de la journée. Le travail se fait à la chaîne et la production est rationnalisée à l’ultime. Si un ouvrier devait monter tant de pièces en une minute, il devrait donc en produire soixante fois plus en une heure. Sur cette base, l’implacable « time table » lui rappelle sa production au fil des heures. 

Un tel traitement est digne d’un mécanique et non d’un être humain. La fraîcheur d’une personne diminue au cours de la journée et, forcément, sa productivité. Et si elle devait se gratter le nez ? De précieuses secondes et donc des pièces perdues. L’effrayant tableau enregistre le cumul des retards qu’il faut rattraper, d’une façon ou d’une autre.  

A travers une connaissance qui travaille pour une entreprise franche de textile à Madagascar, j’ai pu constater les terribles souffrances physique et émotionnelle de cette épouse et mère qui n’a d’autres meilleures alternatives pour aider à subvenir honnêtement aux besoins de sa famille.

Exploitation  

C’est probablement cette détresse que la journaliste du Sunday Times voulait transmettre. Ce qui est d’autant plus révoltant c’est que beaucoup de ces produits sont destinés à de prestigieux magasins où ils coûteront une somme insultante par rapport aux salaires de ceux qui les ont confectionnés.  Huit dollars américains pour douze heures de labeur rapporte le Sunday Times quant à l’usine mauricienne qui fabrique des vêtements pour la ligne de Kate Moss.  

Cette exploitation concerne d’autres produits que le textile. Mais il est plus convenable pour la société de couvrir les cris de milliers de « travailleurs esclaves » ou de fustiger leurs défenseurs puisque cette injustice est la base de notre confort.  

En ce moment même je porte un jean. Il n’est pas signé Kate Moss mais il est probablement tissé des peines de mères inconnues, suant des entrailles d’une usine surpeuplée et surchauffée. Que sais-je ? Et surtout que peux-je ?…Homme revêtu de souffrances. 

1 Response to “L’homme revêtu de souffrances”


  1. 1 georine novembre 29, 2008 à 7:15

    Bonjour,
    Je m’interesse de très près aux conditions de travail des ouvirers malgaches dans les usines de textiles à Madagascar. je voulais savoir s’il vous était possible d’entrer en contact avec moi via mon adresse mail citée ci-dessus afin d’en rediscuter ensembles?
    En vous remerciant d’avance pour toute réponse.
    Cordialement,
    Géorine H.


Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s




Blog Stats

  • 82,049 hits
septembre 2007
L M M J V S D
« Août   Déc »
 12
3456789
10111213141516
17181920212223
24252627282930

%d blogueurs aiment cette page :