Archives de janvier 2008

Résistants du 9ème art

Extraits d’un film documentaire réalisé par la journaliste Nicoletta Fagiolo, sur le 9ème art. Plus de détails seront communiqués à la sortie du film. En attendant, grand merci à Nicoletta et John, et bon courage pour les tonnes de boulots qui restent à faire.

http://www.youtube.com/watch?v=Kbcgbv8BMZs

Terre de Culture

J’étais de passage à Madagascar pour une dizaine de jours. C’était un déclic. La culture qui transpirait de partout, du paysage aux sourires des gens m’envahissait par les pores jusqu’à m’engourdir l’esprit.

C’est fantastique de redécouvrir son pays. Le mot  « tanindrazana» – la terre des ancêtres, prenait une dimension plus riche. Je le chuchotais tandis que je foulais le sol de Manandriana. J’ai frissonné devant le « tamboho » – la muraille de terre qui délimite l’antre du domaine familial.

Vieille maison à Manandriana

Vieille maison à Manandriana

 

 

 

A l’intérieur se dressent les ruines des « trano gasy » – les maisons traditionnelles où vécurent mes grands-parents. Puis le caveau familial où reposent mes racines. Comme l’exprimaient les anciens : « Velona iray trano, maty iray fasana » – ou vivants, on demeure sous le même toit, morts, on partage le même tombeau. Des images de gens que je n’ai jamais vus ni connus – mes aïeuls – semblaient veiller sur ce lieu paisible.  

J’ai toujours éprouvé du respect et une certaine admiration envers la culture malgache. Au détour de conversations avec des étrangers, je parlais laconiquement de la richesse du pays, de sa faune, de sa flore, de son sous-sol, de la population.

Aujourd’hui, je porte un regard encore plus respectueux sur cette terre et sa culture. Mieux, je me joins aux défenseurs du patrimoine malgache dans leur combat pour la préservation de ce dernier.  

Richesse

La BBC rapporte un étonnant palmier géant, découvert récemment à Madagascar. Une autre parmi les près de 9 000 espèces de plantes endémiques de l’île. Mais une des plus grandes richesses du pays reste son peuple et sa riche culture.

J’étais répugné par une campagne publicitaire qui véhiculait une image de (jeunes) malgaches contemporains européanisés, parlant un mélange de français et de malgache, au style de vie improbable.

Les tenants de la société de consommation poursuivent la destruction à outrance de la culture, surtout auprès de la jeune génération, afin d’asseoir leur pouvoir et de mieux vendre leurs produits.

Cet ultime rempart qu’est la culture, souvent diabolisé, longtemps grignoté jusqu’à devenir tel un gruyère a rudement besoin d’être défendu et retapé.

La course au développement risque de piétiner certaines valeurs qui ont longuement contribué au bien-être des malgaches, tout en proposant un ersatz du bonheur. Prenons garde !

Emboîtons le pas au développement, mais à notre rythme. Et que cela ne se fasse pas au détriment de notre terre et de notre culture.

Développement imaginaire

Madagascar semble courir aveuglément après un développement rapide et durable, au risque de se perdre dans cette cavalcade débridée. Il est judicieux de définir quel modèle de développement les malgaches recherchent-ils avant de les embarquer plus loin vers une destination qui, finalement ne les enchante pas. 

Si certains indicateurs de développement tablent sur l’espérance de vie, l’accès aux soins, à l’eau potable, à l’éducation, à l’énergie… dans l’imaginaire populaire (et des dirigeants, j’ose supposer), le développement est directement associé aux industries, aux autoroutes sillonnées par des voitures reluisantes, aux immenses bâtiments aux architectures modernes, grandes surfaces, gadgets électroniques… 

Dans le milieu rural, c’est le cultivateur au volant de son tracteur, des hectares et des hectares de champs cultivés, des élevages à l’échelle industrielle, des silos hérissés aux flancs des collines. Des clichés des pays « développés ». 

enfant-manandriana.jpg

Ainsi, avec ses maisons traditionnelles en briques rouges ou en bois, ses routes sinueuses, ses sentiers tortueux, ses rizières d’une autre époque, ses marchés chaotiques, son élevage contemplatif, sa population aux pied-nus, ses misérables enfants des rues, Madagascar est ce pays sous-développé, ou en voie de développement, ou en développement selon ce que le politiquement correct le dicte. Tout sauf un pays « développé ».  

Un affront que l’on cherche à laver depuis plus d’un demi-siècle en copiant le modèle occidental… en vain. Actuellement, on cherche à émuler les dragons du sud-est en essayant de s’affirmer comme le dragon de l’océan Indien. Et c’est là que nous risquons de faire complètement fausse route. Dans cette course folle, nous sommes pris d’une telle confusion, que nous avions pris les moyens pour la fin.

La société occidentale a défini auprès des siens d’abord, le bonheur, comme le fruit du confort matériel.  Cette société sans âme, motivée uniquement par l’appât du gain et de l’argent a vendu son modèle auprès d’autres civilisations. Elle n’hésite pas à bousculer les Cultures pour s’imposer. Pour faire des profits. Comme elle le fait à Madagascar où l’on rabâche à tort ou à raison que la Culture est un frein au développement. Ou un levier à ce dernier, quand elle sert les causes de la société de consommation. 

Une société de consommation qui occulte des valeurs telles le « fihavanana » (qu’aucun mot étranger ne traduit dans son sens complet mais qu’on essaie de rendre par fraternité), le « fanajàna raiamandreny » (respect des anciens), le « hasina » (sacré). Des valeurs qui, pourtant contribuent, voire constituent chez le malgache, ce que l’on évoque nostalgiquement comme « fiadanana » (bonheur – dont le sens reste à développer, plus tard.)


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