Archives de janvier 2009

Retour à la case départ !

Le train dans lequel l’actuel maire d’Antananarivo, Andry Rajoelina embarque le pays semble se diriger inexorablement – et à grande vitesse – vers la prochaine gare : le chaos. Mais il peut encore renverser la vapeur.

 

En incitant la foule à envahir les rues par des propos de plus en plus démagogiques (vendre l’avion présidentiel pour acheter de la nourriture pour les pauvres…), il replonge le pays dans un scénario plus ou moins semblable à celui de 2002, de 1991 ou encore de 1972. Des manifestations populaires pour venir à bout du régime.

 

On peut comprendre sa frustration, voire sa colère. Beaucoup de ses revendications sont légitimes. Mais il est en train de jeter le bébé avec l’eau du bain. Il balance par la fenêtre les acquis chèrement payés lors des précédentes luttes. A savoir, les principes de base d’une véritable démocratie.

 

 

Démocratie balbutiante

Il est vrai que Madagascar n’est pas à l’abri des dérives totalitaires de ses dirigeants. Et que, terre d’avenir, tout y reste à construire. Mais, à son rythme, la nation apprend à assimiler cette démocratie dont les occidentaux la gavent.

 

Andry Rajoelina, lui-même devenu maire par la voie des urnes devrait en être conscient. Quand bien même balbutiante, cette démocratie lui a permis de terrasser le Goliath qu’est le parti présidentiel. Quelle élégance !

 

Puis, mince ! Il trahit ce même principe qui l’a porté au pouvoir. Une cause à laquelle il semble pourtant être acquis. Ripostant aux rumeurs concernant sa destitution, n’a-t-il pas insisté qu’il fallait laisser le maire finir son mandat car c’est ainsi que la démocratie le veuille.

 

 

Se ressaisir et recentrer

Et aujourd’hui, par la voie de la rue, il exige un changement de gouvernement (l’opposition qui s’atèle à son train, le proclamant son leader, surenchérit en exigeant carrément le départ de toutes les institutions).

 

Il est temps qu’il se ressaisisse. Si le maire est de bonne foi, qu’il le prouve en recentrant ses exigences et surtout en revoyant ses moyens de contestations et de pressions. Assez des bêtises du genre exiger la prison à perpétuité pour celui qui a tiré – et tué – un de ses sympathisants comme condition au dialogue.

 

Qu’il n’agisse surtout pas tel que celui qu’il dénonce. C’est la leçon que Ravalomanana n’a pas apprise. C’est ce qu’il est en train de payer au propre comme au figuré, après ces émeutes.

La bévue « Kouchner »

La presse malgache a rapporté que selon le président Ravalomanana, c’est le ministre français des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, qui lui a balancé les noms des cerveaux des troubles à Madagascar.

 

Ce que le ministère des Affaires étrangères français a, bien entendu, démenti. Toutefois, Kouchner s’est entretenu au téléphone avec Ravalomanana, Andry Rajoelina et… Roland Ratsiraka ! Une situation cafouilleuse.

 

Il est clair qu’un des partis a menti. Soit la presse ou Ravalomanana ou Kouchner. Personnellement, je mets la presse hors de cause. Mais Ravalomanana oserait-il porter un faux témoignage contre un personnage si important que le ministre français des Affaires étrangères ?

 

Ou était-ce un malentendu (fritures sur la ligne) ? Et que Kouchner a été mal compris par Ravalomanana. Toutefois, il est étonnant d’apprendre que Roland Ratsiraka – qui n’est ni représentatif de l’opposition ni directement associé aux événements qui se déroulent notamment à Antananarivo – devienne un interlocuteur de la France dans cette affaire interne malgache.

 

En tout cas, une telle confusion risque de mettre de l’huile sur le feu. La France ne le sait-elle pas ?

Chronique d’une mascarade de conflit politique

Les émeutes à Madagascar ont fait environ une centaine de morts. C’est la tournure qu’ont prises les manifestations de l’opposition menée par le maire d’Antananarivo, Andry Rajoelina. La communauté internationale appelle le gouvernement et l’opposition à la discussion. En substance, voilà comment les media étrangers rapportent les événements qui ont secoué la capitale de la Grande île récemment.

 

Mais l’affaire est plus subtile. Il s’agit d’une rivalité personnelle entre Andry Rajoelina et le président de la République, Marc Ravalomanana. Seulement, en utilisant les appareils étatiques et en instrumentalisant la foule, les deux partis sont parvenus à grossièrement camoufler leur guéguerre en conflit politique, à l’échelle nationale.

 

L’animosité entre les deux hommes remonte à pas moins de dix ans, en 1999. Les deux hommes étaient alors parmi les businessmen les plus prometteurs de l’époque. Andry Rajoelina était déjà le chouchou de sa génération. Jeune « deejay » connu sous le sobriquet Andry TGV, il enflammait les soirées branchées avant de se lancer avec succès dans la publicité.

 

Le P.D.G. du groupe Tiko, dont les produits laitiers sont déjà extrêmement populaires s’est révélé au public en se portant candidat à la mairie d’Antananarivo. « Beau » et riche, il a vite conquis les Tananariviens, qui l’ont porté à la première magistrature de la Ville des milles.

 

Bâtons dans les roues

C’est à cette époque que Andry Rajoelina s’est plaint de l’attitude de la commune urbaine d’Antananarivo (CUA), envers son entreprise Injet. Des panneaux publicitaires à démonter car non-conforme par ici, des autorisations refusées par là… la mairie s’acharne à lui mettre des bâtons dans les roues, rapportait le P.DG. de Injet à des membres de la presse.

 

Il a même évoqué une histoire de plagiat industriel. Documents à l’appui, il craignait que la fille du maire, s’aventurant dans la publicité, lui fauche des concepts publicitaires qu’il avait soumis à la mairie pour approbation. Un projet qui n’a pas été autorisé par ailleurs.

 

Trois ans plus tard, l’accession de Ravalomanana à la tête du pays n’arrangera en rien les affaires de Andry Rajoelina. Ce dernier continue son ascension fulgurante dans le monde des affaires, raflant au passage le trophée du meilleur entrepreneur de l’époque et celui de « Homme de l’année 2007 » par le quotidien Midi Madagasikara. Un honneur qui a été décerné à Ravalomanana quelques années auparavant.

 

La CUA, alors dirigée par les hommes de Ravalomanana continue à mener la vie dure au jeune chef d’entreprise. Le public se rappelle sans doute de l’affaire des caissons lumineux installés à Antanimena, que la mairie a sommé de démonter pour des raisons franchement futiles.

 

 

Servi par soi-même

On comprend mieux la démarche de Andry Rajoelina qui a décidé de briguer le poste de maire. Non seulement parce que l’on n’est mieux servi que par soi même, mais l’on est aussi mieux protégé. Une mission bien accomplie en 2007.

 

Bénéficiant du même capital « beau et riche » qui a jadis élevé Ravalomanana à ce même poste, Andry Rajoelina trône sur la Ville des milles, fauchant l’herbe sous les pieds du candidat du parti présidentiel. La population de Tana n’a pas seulement désavoué le président. Elle l’a humilié en préférant son rival à son protégé.

 

Ce sera alors à couteaux tirés entre les deux élus. De stratagèmes en stratagèmes, l’appareil d’Etat essaie de discréditer le maire et son équipe. Il y eut l’affaire Jirama (société d’Etat). Cette compagnie « eau et électricité » exigeait illico presto le paiement des arriérés de la Commune urbaine d’Antananarivo (CUA). Une dette colossale contractée par la précédente équipe (de Ravalomanana).

 

Andry Rajoeline rétorque que la CUA n’a pas les moyens de repayer. Il menace par ailleurs de faire démonter certaines installations « illicites » de la Jirama. L’affaire se calme. Mais la guerre continue.

 

Faire payer

On notera le chapitre des ordures « bloquées », qui ont étouffé la capitale. Certains commencent à grogner : « Le maire est un incapable ». D’autres estiment que c’est le président qui veut lui faire payer – et par la même occasion à la population de Tanà – leur « trahison ».

 

Les subventions gouvernementales ne parviennent pas dans les caisses de la CUA. On lui retire l’accueil du Sommet africain. On chuchote que la mairie sera confiée à une délégation spéciale et non plus au maire… et on en passe.

 

Et puis il y eut l’affaire Viva TV. Cette fois-ci, c’est à la chaîne de télé de Andry Rajoelina (eh oui, le maire a sa télé !) que l’Etat s’en prend. Motif : perturbation de l’ordre public en diffusant des propos de l’ancien président Ratsiraka – sous réserve de silence quant aux affaires nationales, de son confortable salon de Neuilly.

 

Duel

La CUA réplique en sommant MBS, la chaîne du président (bien sûr, il a aussi sa télé !) de quitter son emplacement « illicite ». Ce duel cristallise l’instrumentalisation des appareils étatiques pour assouvir le conflit personnel entre les deux antagonistes.

 

Exacerbé, Andry Rajoelina réalise qu’il lui faut, en plus de ses armes administratives, celle – la plus puissante de toutes : la foule. Il entame sa conquête, s’affublant de la bannière de « la liberté d’expression bafouée ». Un slogan racoleur dans un contexte où le débat de fond manque cruellement.

 

Une aubaine pour une opposition en panne d’arguments et boudée par la foule qui n’adhère pas (ou plus) pour autant à la cause de Ravalomanana. L’opposition s’attèle à ce TGV inespéré pour se remettre sur les rails.

 

Andry Rajoelina – qui n’a pas de parti mais qui s’est constitué une plate forme de soutien baptisé Tanora (Mala)Gasy Vonona – ne rejette aucune force capable de décupler sa vitesse.

 

Meneur de l’opposition

C’est ainsi que, sans que personne ne s’en rende vraiment compte, il se retrouve « meneur de l’opposition ». Pris dans ce jeu, ou plutôt jouant le jeu, le TGV se sent agrandir ses ailes politiques. Il exige la démission de deux ministres qu’il juge incapables.

 

Dans cet élan, il se présente même prêt à diriger une transition. Vous parlez de TGV, c’est carrément une fusée!

 

Bravant les interdictions, il rameute la foule au jardin qu’il baptise « place de la démocratie ». Une population harassée par la morosité ambiante (mi-janvier de surcroît), déçue par les promesses non tenues par le régime, frustrée par le gouffre qui ne cesse de se creuser entre les riches et le reste…

 

Andry Rajoelina lance un ultimatum au gouvernement, pour rouvrir sa station de télé. Mais l’Etat ne fléchit pas. Le maire est acculé. Faire marche arrière serait perdre la face. Il décide d’aller « jusqu’au bout ». Il se proclame « ambassadeur du peuple » et appelle à la désobéissance civile.

 

Ses partisans et autres mécontents du régime investissent la Place du 13 mai, haut lieu de contestation populaire. Et c’est la marche. Mais le mouvement – que les expériences similaires antérieures prouvent être pacifique – déborde.

 

Casser les biens

Au lieu de se contenter de cantiques religieuses pour faire « écrouler le mur », la meute a préféré les coups de barres à mine pour casser les biens publics et ceux du président – d’abord – puis les magasins de la capitale.

 

Manifestation politique ? Pillage collectif ? Les forces de l’ordre préfèrent se replier. Les gens se servent dans les grandes surfaces. « De toutes façons, les riches resteront riches. Ils peuvent bien partager un peu, non ? » argumentent des pillards, dont certains meurent écrasés sous les étagères qu’ils  assaillent.

 

C’est l’histoire derrière les titres furtifs des media sur « la révolte » et les « manifestations politiques » qui embrasent Madagascar.

 

Appuyé

Les observateurs estiment que le jeune maire ne serait pas aussi téméraire sans être « appuyé ». Histoire de dire que toute cette manœuvre est soutenue par des hommes de l’ombre.

 

Ils aident le maire à se débarrasser une bonne fois pour toutes de celui qui lui a toujours cassé les pieds. En retour, le maire leur servira de levier pour renverser le pouvoir… et de l’accaparer. 

 

Ravalomanana le pense également en avertissant qu’il ne tolèrera aucun coup d’Etat, qu’il soit mené du pays ou de l’étranger. Le séjour de Andry Rajoelina à Paris en fin d’année (deux semaines avant le début des tumultes) suscite des interrogations.

 

Qui y a-t-il vu officieusement? Pour quelles raisons ? Des questions qui resteront sans doute sans réponses. Ce qui laisse libre cours aux supputations…folles ou sensées.

 

A en juger par les milliards que Andry Rajoelina dilapide dans cette guéguerre, l’on estime qu’il jouit d’un puissant sponsor. Personne n’ose le dire, mais beaucoup le pensent…tout bas : les caciques de l’ancien régime.

Meilleurs vœux pour 2009

obama

« Je vous souhaite une bonne et heureuse année ! » Une formule « bateau ». Que peut-on souhaiter d’autre à son interlocuteur, surtout quand on ne le connaît pas bien ou du tout ?

 

Mais elle devient tellement lassante quand elle est prononcée de cette façon laconique, tels ces « bonjour » vite dits, générés surtout par la routine que par de réelles intentions du cœur.

 

Alors je vais personnaliser un peu plus mes vœux de nouvel an en vous souhaitant à tous « bon courage et beaucoup de foi ». Sans ironiser, j’estime que nous en avons besoin pour apprécier ou affronter ce que cette année nous réserve.

 

La paix ne tombera pas du ciel du jour au lendemain. Les roquettes et les bombes en Israël et à Gaza, si ! Le réchauffement climatique et ses effets sont quasiment irréversibles. La solution aux problèmes énergétiques n’est pas claire. La faim continuera à clamer ses victimes. Mais pas plus que la « mal bouffe ». Le sida et – mais bien sûr – la crise qui ébranle tout un système sur lequel l’économie des « géants » (ou « G – ants » : G8, G9, G20…) parachève d’assombrir le tableau.

 

Sur le plan local (Madagascar), le brûlant torchon entre le régime et le maire de Tana ne fera que ra-« Viva » ses flammes. Piètre flambeau rapidement récupéré par une opposition en mal d’ingéniosité.

 

Entre temps, les pétroliers et autres businessmen continueront à profiter – les affaires c’est pour faire des profits, après tout, non ? – du libéralisme débridé (dont on a vu les conséquences, ailleurs) pour s’enrichir sans vergogne sur le dos du peuple (ah oui, la création de richesse, bien entendu. Mais il me semble que la partie « redistribution » a été omise.)

 

Cette année, des gens tomberont malade. D’autres mourront. D’autres encore se ruineront. Leur douleur et leur détresse affecteront leurs proches. Ne leur aura-t-on pourtant pas souhaité « santé et prospérité » ? Ces gens, qui sont-ils ? Ils pourraient être nous-mêmes, qui sait ?

 

Alors, du courage et de la foi ! Du courage et de la foi pour affronter la dure réalité. Du courage pour changer ce qui peut l’être. De la foi pour accepter ce qui ne changera pas. Et si toutes ces misères de la terre nous épargneraient, alors tant mieux ! On aura passé une bonne et heureuse année quoi qu’il fût arrivé.


Blog Stats

  • 83,085 hits
janvier 2009
L M M J V S D
« Déc   Fév »
 1234
567891011
12131415161718
19202122232425
262728293031