Archive pour février 2009

Un pas trop loin

kamikaze

Ainsi donc, Andry Rajoelina a eu sa part de martyrs. Il espère que le poids du sang fera pencher la balance en sa faveur dans cette lutte d’entêtés qu’il livre contre Ravalomanana.

En lâchant sa foule sur le palais présidentiel, il a su (et espéré ?) qu’il y aurait certainement de la casse. Tel un général sur le champ de bataille, il se tient en retrait, observant les manœuvres de sa troupe, dirigée par ses lieutenants.

 

De tous les endroits où il pouvait envoyer sa horde, il a choisi le palais présidentiel. Symbolique, certes, mais c’est également une zone rouge – un site où les gardes sont autorisées, voire tenues d’ouvrir le feu sur ceux qui outrepassent les limites.

 

 

Il a galvanisé la foule de rhétoriques du genre « entrez-y, le palais présidentiel appartient au peuple ! » Selon des témoignages, les gens ont d’abord flotté autour du site. Des pourparlers étaient en cours entre les lieutenants de Andry Rajoelina et les chefs de la garde présidentielle.

 

 

Puis les coups de feu ont éclaté. Les enquêtes démontreront peut-être ce qui s’est passé. Je doute que ceux qui étaient en première ligne allaient se ruer sur une rangée de soldats prêts à tirer. Je soupçonne que la pression de la foule en arrière les a poussés à faire un pas trop loin, vers la zone sécurisée.

 

 

Andry Rajoelina espère rééditer ici « la marche de la liberté » du 10 août 1991, quand le KMMR a lancé la foule à l’assaut du palais présidentiel de Iavoloha – religieuses et femmes chantant des cantiques en première ligne. « Sans armes, n’ayant que leurs bibles et leur courage » dirait Andry Rajoelina, ces gens se précipitaient dans une zone rouge où ils ont finalement subi les tirs de la garde présidentielle.

 

 

Cet incident était cependant le catalyseur du départ du président Ratsiraka. Les mêmes causes produisant les mêmes effets, Andry Rajoelina espère que ses martyrs (encore plus que la foule) feront basculer le régime.

Maintenant qu’il a franchi le Rubicon, il poursuit sa fuite en avant en annonçant le durcissement de son mouvement.

Fléchissement de Ravalomanana

 

Pourtant, avant ce regrettable événement, des espoirs d’un fléchissement de Ravalomanana s’étaient dessinés. Les bailleurs de fonds multilatéraux ont suspendu leur aide jusqu’à ce que le gouvernement réussisse à résoudre la crise, par la voie du dialogue.

 

Ils se sont aussi rattrapé, en déclarant ouvrir une « enquête » sur l’achat de « Force one II », l’avion présidentiel qui a coûté $60 millions aux contribuables. Cela après avoir annoncé que cet achat ne les concerne pas, par égard à la souveraineté des autorités malgaches.

 

Les Etats-Unis (qui ont grâce aux yeux de Ravalomanana) ont également exprimé leur souhait de voir le gouvernement plus sensible aux aspirations de la rue. L’ambassadeur américain à Madagascar a laissé entendre que l’occasion devrait servir au régime à rectifier ses pratiques.

 

Il a fait référence aux dangers du monopole du réseau économique d’un pays tout entier par une entreprise, notamment quand celle-ci appartient à un responsable étatique. (La main mise de Ravalomanana sur tous les secteurs économiques – directement à travers TIKO, ses filiales et ses autres sociétés ou indirectement en tant qu’imposant actionnaire dans d’autres compagnies – excèdent les opérateurs économiques. Cela étouffe inexorablement l’esprit d’entreprise.)

 

Dans d’autres systèmes que Ravalomanana loue comme modèle de développement, les conflits d’intérêts ne sont pas tolérés. En tout cas, ils ne sont pas flagrants.

 

Face à ces rappels à l’ordre des sponsors et de partenaire qu’il respecte, Ravalomanana aurait-il résisté indéfiniment? D’une certaine manière, Andry Rajoelina a déjà triomphé (il a également récupéré ses stations de télé et radio, supposément origines de la discorde).

 

Alors, fallait-il vraiment du sang pour légitimer cette lutte ? En pressant la foule devant le palais présidentiel, Andry Rajoelina a fini par faire un pas…trop loin.

Un peu d’humilité, M. le président…

L’orgueil, de part et d’autre, y est pour une grande partie dans l’interminable bras de fer entre le président et le maire. Mais dans cette lutte qui a embrumé les deux leaders et leurs partisans, certaines valeurs se perdent. Le chef de l’Etat, en tant que raiamandreny a failli à montrer l’exemple. Ses comportements sont indignes de son statut.

 

Ainsi, dans ses allocutions, c’est avec mépris et total irrespect qu’il parle en public du général Dolin – chef de cabinet du maire – son adversaire politique du jour. Comme l’officier l’exprime, à l’endroit du président : « vous êtes (…) mon cadet et moi votre aîné ». Le respect des aînés est une des valeurs sur lesquelles repose la société malgache.

 

Ensuite, il s’agit tout de même d’un général de l’Armée. Une personnalité connue et respectée pour ses diverses participations dans la vie de la nation, maintenant accusé d’avoir fomenté des émeutes. Et puis quoi encore !

 

Il est tout à fait déplorable de voir une élite de la nation, traitée comme un moins que rien à cause de différends politiques. Sans doute exaspéré et poussé à bout, le général prend actuellement une position radicale. Bien dommage.

 

Il existe évidemment une issue à cette impasse dans laquelle les deux partis ont précipité le pays. Elle se trouve au bout du dialogue. Aucun des deux camps ne veut faire le premier pas. Pour cela, il faut une bonne dose d’humilité. Le président ne l’a malheureusement pas, comme il le démontre en manquant de respect à un aîné et officier supérieur. (Et à d’autres…)

 

Alors, M. le président, un peu de tenue s’il vous plaît. Vous êtes le président de vos partisans, mais également de vos adversaires. En tant que raiamandreny, soyez-nous un bon exemple de dirigeant.

 

Une bonne dose d’humilité vous invitera à vous excuser pour ces propos blessants. Puis, à tendre la perche à ceux que votre arrogance a poussés à bout. C’est tout en votre honneur au bout du compte.

Erigeons un contre-pouvoir effectif

La frustration de la foule se comprend aisément quand le président se paie un avion de $60 millions alors que l’économie réelle suffoque. Quand une société tentaculaire s’accapare de tous les marchés ne laissant presque pas de miettes aux autres, Quand l’affaire de cession de terres arables de superficie ridiculement énorme aux étrangers n’est pas clarifiée. Quand les prix des carburants persistent à des pics vertigineux alors que le baril du pétrole a chuté. Quand les riches s’enrichissent davantage au détriment du petit peuple. Quand après tant de promesses la qualité de vie ne s’améliore pas. Pire, elle se dégrade dans bien des cas…

 

L’arène politique ne se porte pas mieux. Les voies alternatives sont étouffées. Les critiques réduits au silence. Le béni-oui-oui règne au sein du pouvoir. L’obstination aveugle prévaut chez l’opposition. Les deux camps perdent leur crédibilité. Le peuple perd ses repères.

 

Il est temps que s’érige un véritable contre-pouvoir. Le MFM propose, dans les colonnes de Midi Madagasikara (www.midimadagasikara.mg) quelques bases pour assainir la scène politique. Elles méritent d’être considérées sérieusement. Code électoral, code de la communication, accès des différentes tendances aux media publics…

 

Les acteurs politiques du pays doivent se rendre compte qu’il est dans leur intérêt et dans celui du peuple d’établir des règles saines pour la joute politique. L’alternance est inévitable. Autant procéder dans l’harmonie. Madagascar est un pays riche répète-t-on. Si riche qu’il y en aura de parts pour tout le monde. Alors, cessons les petites querelles égoïstes et voyons comment profiter de ce que le Tanindrazana nous offre à tous, sans exceptions.

Point de vue d’un ancien diplomate français

Dans son édition du dimanche 01er février, l’hebdomadaire Week-end (Maurice) www.lemauricien.com rapporte un long entretien avec Alain Lagaë, ancien consul de Madagascar en France reconverti dans les affaires. Ses propos reflètent-ils la position et le rôle de la France dans cette affaire ?

 

L’interview fait ressentir que les rancœurs entre la France et Ravalomanana n’ont jamais été dissipées. Lagaë rappelle que Ravalomanana est proclamé président « grâce aux puissances internationales et surtout aux Etats-Unis qui décrètent que Ravalomanana est un président bien élu, alors que la France prend du temps pour suivre le mouvement. » Il ne manque pas de rappeler les deux ambassadeurs rappelés à Paris à la demande de Tana.

 

L’intervenant ne s’embarrasse pas à mentionner les nationalités des entourages de Ravalomanana : « On a découvert au bout d’un certain temps que le président était (…) un grand manipulateur grâce à ses deux conseillers américain et allemand ».

 

A la question quant à la démission du président, Lagaë répond : « Cela est incontournable. Après ce qui s’est passé ces derniers jours, si Marc Ravalomanana revient à Antananarivo, c’est la révolution, c’est le bain de sang. Personne ne veut de ça à Madagascar ».

 

Il estime qu’en déclarant ne pouvoir garantir la sécurité des 22 000 ressortissants français, le régime les prend en otage. Ce qu’il a ne mentionne pas, c’est que le président lui-même n’a pu garantir la sécurité de ses propres biens devant le dérapage de lundi. Que les comités de vigilances devaient assurer la protection des magasins. Et que ces actes de pillages étaient spontanés et non des manifestations politiques dirigés.

 

A propos de l’envoi de contingents français pour aider à maintenir l’ordre : « J’espère que non. On ne va pas recommencer les mêmes bêtises que l’on a souvent commises à l’étranger dans le passé ».

 

Au plus fort de la crise, le ministère des affaires étrangères a laissé entendre que la France allait aider Madagascar. On ne sait pas comment mais je n’espère pas comme elle a aidé le Rwanda en 1994. L’on reconnaît l’implication de la France dans ce pays « à feu et à sang » (dirait Lagaë) même si jusqu’à présent l’on ne peut préciser à quel niveau et à quelle proportion.

 

La phrase qui tue : « J’espère que la France ne va pas tomber dans le piège qu’on est en train de lui tendre ». Je me demande qui tend un piège à qui. Notamment après cette intervention que j’appelle « bévue Kouchner » où le ministre français aurait téléphoné Ravalomanana pour lui balancer les cerveaux des troubles.

 

Selon Lagaë, la solution serait « un gouvernement de transition avec des représentants de toutes les provinces ». S’il est primordial que la nation toute entière contribue à l’édification du pays, l’ancien diplomate demeure ambigu que je ne peux que soupçonner l’épouvantail du tribalisme. Une arme que la puissance coloniale a prouvée efficace pour raffermir son pouvoir ou encore pour faire et défaire les régimes, ici qu’ailleurs.

 

En tout cas, il estime que l’avenir de Madagascar devrait être dans les mains de ces « malgaches de bons sens » et expérimentés, actuellement à Paris, afin que la Grande île REdevienne un pays normal.

 

Lagaë parle en tant qu’homme d’affaires. Mais après 10 années passées au consul de Madagascar en France, ses propos pourraient être une projection involontaire des véritables sentiments de la France envers  Madagascar et ses dirigeants, en dessous du vernis impeccable de la diplomatie.


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