Archive pour mars 2009

Soyons farfelus pour un instant

Je ne suis pas adepte des grandes théories de complot. Je les trouve souvent farfelues. Tout aussi farfelues que puisse l’être la reconnaissance par les grandes instances internationales  d’un pouvoir acquis par un coup d’état.

 

Mais soyons farfelus pour un instant. Histoire de casser cette ambiance morose. Je m’aventure à énoncer la suivante. Elle vaut ce qu’elle vaut. Après tout, en cette ère de « grande vitesse », le futur nous la confirmera très vite sans doute.

 

La France est de retour – en toute puissance –dans les affaires économiques de Madagascar (back to business, comme on dit), avec un relent de pétrole dans les airs. Aïe aïe aïe ! Tout de suite les grands mots. Farfelu vous dis-je.

 

Fait hautement symbolique : après une année de vacance, le poste d’ambassadeur de France est de nouveau occupé. Le lendemain de la prise de pouvoir de Rajoelina, ce dernier reçoit SEM Jean Marc Chataîgner. L’ambassadeur était embusqué patiemment derrière la porte et n’attendait que la sortie de Ravalomanana pour rentrer.

 

La France « neutre » qui souhaite une transition sereine a déjà reconnu le régime en place, alors que les instances internationales ne se sont pas prononcées, tout en reconnaissant un « coup d’Etat ».

 

L’ère Ravalomanana a été marquée par une grande chasse aux fraudeurs fiscaux, au nom du patriotisme. Il s’est très vite fait des ennemis, notamment chez les notables Karàna (par ailleurs des binationaux) qui ont longtemps contrôlé le tissu économique du pays. Ces derniers ont vu leurs manigances déjouées et anéanties, alors que le Président octroie des exonérations fiscales à ses entreprises (qui ont tout aussi coûté astronomiquement cher à l’Etat, en manque à gagner)..

 

Et tout dernièrement, le pétrole. Les rapports complets sur les récentes prospections ne sont pas régulièrement annoncés, mais l’on chuchote que l’exploitation s’annonce rentable. Madagascar Oil, une compagnie basée au Texas a annoncé le 16 mars 2008 la production du premier baril de pétrole de Madagascar, à Tsimiroro. Nul besoin d’annoncer si l’ex-président aux appétits insatiables est actionnaire.

 

Mais outre Madagascar Oil, le français Total a signé un accord avec celle-ci, afin de pouvoir utiliser les licences d’exploitation de Bemolanga, comme projet indépendant avec un interêt de 60%. (Un autre investisseur est Exxon Mobil).

 

Le rendement actuel est de 45 barils par jour, avec un potentiel évalué à 1000 barils par jour. Le gisement de Tsimiroro est estimé à 1,7 milliards de barils.

 

Dans un contexte où le pic de production mondiale a été dépassé, alors que les solutions alternatives au pétrole comme source d’énergie moins chère restent introuvables, le pétrole malgache n’est pas négligeable.

 

Les bouleversements politiques – un an presque jour pour jour après l’exploitation du premier baril – ne dérogent pas aux logiques de l’Histoire des pays pauvres mais au sous-sol riche (Congo, Soudan, Sierra Léone…)

 

Toujours est-il que, en ce moment où les malgaches sont encore étourdis par ce fulgurant changement à la tête de l’Etat – ne réalisant pleinement pas ce qui leur arrive – Total confirme fièrement son sponsoring des rallyes à Mada. Vroum…vroum…c’est parti!

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Le nouvel homme fort

victoire

Une proposition parmi d’autres

« La victoire est proche » clame Andry Rajoelina tandis que le président Ravalomanana se retrouve de plus en plus isolé. « Sa » victoire sans doute car ce n’est certes pas la victoire de la nation malgache.

 

Ce qui se passe à Madagascar est tout simplement un coup d’Etat sous le nez et la barbe du monde entier. Les semaines de tergiversations et de pillages n’ont fait qu’accroître l’anarchie. Il en est résulté une confusion totale, parachevant une ambiance favorable au putsch.

 

Ceci dit, il semble que le président Ravalomanana, de plus en plus isolé, est sur le point de céder sa place. Les tractations semblent d’une part, concerner les conditions de ce départ. Il s’agit d’insérer cette sortie dans un cadre légal puisque la communauté internationale ne cautionne pas une prise de pouvoir par les rues.

 

Dans ce cas, la démission semble être le scénario le plus probable. En démissionnant, le président laisse le pouvoir, non pas à Andry Rajoelina mais à une transition selon les provisions de la Constitution. L’article 52 stipule qu’en cas de démission du Président « les fonctions de Chef de l’Etat sont provisoirement exercées, jusqu’à l’entrée en fonction du Président élu ou jusqu’à la levée de l’empêchement temporaire, par le Président du Sénat ou, en cas de vacance de poste ou d’incapacité du Président du Sénat constatée par la Haute Cour Constitutionnelle, par le Gouvernement collégialement

 

D’autre part, les négociations portent sur l’après Ravalomanana. On parle actuellement d’assises nationales où toutes les franges de la société (politiques de tous bords, acteurs sociaux…) sont invitées à discuter pour trouver les solutions à cette crise. Au-delà ou parmi les propositions de gouvernement d’ouverture, d’amendement de Constitution, d’élection anticipée, etc. je pense à quelques points.

 

Réformer la loi électorale. Longtemps décriée par l’opposition du jour, objet de promesse électorale, la réforme a toujours été renvoyée  aux calendes grecques par chaque nouveau dirigeant. Tout simplement parce que cette loi permet de séquestrer démocratiquement les suffrages. Les dernières législatives le prouvent. L’occasion se présente pour corriger cette faille.

 

Des élections plus justes permettraient à l’opposition d’accéder au parlement et de manifester leurs griefs  sans avoir à mobiliser les gens dans les rues. Le résultat de la présidentielle démontre que Ravalomanana « n’ » a été élu « que » par 60% de la population. Il est absurde de constater que les deux chambres sont occupées entièrement ou presque par le TIM.

 

Institutionnaliser le statut de l’opposition. Il faut arrêter de diaboliser l’opposition. Reconnaître et définir son rôle permet de créer un équilibre rassurant pour la vie politique.

 

Autant le pouvoir redoute d’être balayé par la moindre manifestation d’opposition, autant la population craint un président qui s’accroche à vie et à tout prix à son perchoir. L’alternance est aussi naturelle qu’inévitable.

 

Alors, ne pourrait-on pas envisager un système où le président ne peut briguer plus de deux mandats ? Cela rassure quant à ne pas devoir supporter un président et son régime, toute une vie. En adoptant une telle disposition, Ravalomanana (qui en est à son deuxième mandat) ne pourrait-il pas sauver et son poste, et sa face, et sa peau ? Une sortie honorable tant qu’à sortir. (Mais apparemment trop tard cependant).

 

Une telle démarche permet de sauver l’Etat de droit. Car ce qui est tout aussi insupportable que les abus de Ravalomanana, est de voir faire et défaire un régime en déambulant dans les rues.

En mood 3D

J’ai arrêté de commenter les affaires nationales depuis le 9 février, comme l’a mentionné un des commentaires. La raison est que je suis en mood 3D : déçu, dégoûté et découragé.

 

J’aurais souhaité faire les éloges d’un jeune entrepreneur qui a osé défier l’arrogance d’un chef d’Etat se croyant tout permis. Il est clair maintenant que le jeune révolutionnaire ne souhaite pas plus le bien être de la nation que d’assouvir ses ambitions personnelles.

 

Sa langue de bois a fini par trahir ses intentions. Sans scrupules, il est prêt à tout pour parvenir à ses fins. Et pourtant, beaucoup y croient encore et continuent à alimenter cette lutte déjà perdue. Quelle déception !

 

 presse-vautour1

Que dire de la presse locale ? Quand les deux partis, embourbés dans leur obstination ont perdu toute notion de « raisonnable », l’on s’attendait à ce que la presse fasse montre – à défaut d’objectivité – d’honnêteté.

 

Au lieu d’une presse citoyenne, c’est une presse partisane sinon corrompue qui gave le public de rumeurs et de commentaires indécents. Ne sait-elle pas qu’à cette liberté d’expression qu’elle revendique avec tant de hargne, est associé un strict sens de la responsabilité ?

 

Cette presse dans son ensemble – et je reconnais en même temps qu’il y a des journalistes d’exception et exceptionnels, qui sont évidemment exemptés de mes commentaires – est en grande partie responsable de l’enlisement de ce pays. Elle n’a jamais su exercer son soi-disant (contre) pouvoir que pour lécher des bottes. Ou faire l’inverse, mais souvent pas pour les bonnes raisons.

 

Une presse qui n’a jamais su lancer les vrais débats qui auraient fait progresser la société. Une presse (et des media) qui n’ont jamais persévéré dans la défense des causes nobles, préférant se livrer au sensationnalisme (sexe, sang et fric, puissant moteur de vente).

 

Corruption

La corruption au sein de la presse locale est un secret de polichinelle. Un abcès qui n’attend que d’être crevé mais que beaucoup considèrent comme une boîte de pandore. Les politiques, les opérateurs économiques, voire les acteurs sociaux et, bien entendu la presse elle-même, ont trouvé leurs intérêts respectifs dans cette pratique.

 

Liberté d’expression abusée, utilisée à tort et à travers pour désinformer, pour justifier le voyeurisme, pour inciter à la haine… Anecdote : des journalistes embusqués là où se trouvent les éléments de la force de l’ordre, priant presque pour qu’il y ait de la casse pour nourrir les titres de leur lot de violences et de sang quotidien.

 

Tels des charognards, ça mitraille les corps, danse autour des blessés et des cadavres. On ne fait que notre travail rétorqueront-ils. Effectivement. Dégoûtant !

 

Accablé

Alors, quoi faire ? Beaucoup ! Tellement beaucoup que je me sens personnellement accablé par l’ampleur de la tâche. J’ai même renoncé à partager mon opinion sur les affaires nationales. Trop déçu, tellement dégoûté, je suis découragé !

 

Mais deux commentaires sur le blog m’ont redonné assez de force pour écrire ce billet. Et déjà je sens la torpeur m’envahir. Je sombre doucement dans les profonds abîmes du désespoir. A plus tard, j’espère.